Consultez aussi le Discours d'Olivier Marleix, Président de l'UJP, aux assises du RPR en janvier 1998 dans la rubrique Archives.


Notre siècle a su vaincre la tyrannie, faire disparaître les distances, rapprocher les Hommes et bâtir entre eux des barrières invisibles, connaître son environnement et le maltraiter, … Toutes ces mutations furent plus ou moins rapides, plus ou moins bien acceptées, plus ou moins assimilés par la société et ceux qui la composent.

Le XXème Siècle est riche d'enseignements pour l'Homme qui a appris que la Société n'est rien sans lui car tôt ou tard, les peuples libre sortent vainqueurs. Le XXème siècle a apporté la preuve historique qu'il n'est de richesse que d'Hommes.

Ainsi, la fin du siècle est marquée par une accélération des mutation de notre société. Aujourd'hui, la France traverse une grave crise de mutation. Les changements les moins bien acceptés se transforment en peurs faisant régner dans le pays une atmosphère de crise. La société française change. Nous devons non seulement en prendre acte, mais davantage être les moteurs de ce changement. C'est le rôle de la politique que de tracer l'avenir. Elle a aujourd'hui le devoir de renouer avec sa véritable mission. Et c'est le rôle de notre mouvement héritier de l'idéologie gaulliste a qui l'histoire de ce siècle donne raison d'être le leader de cette nouvelle politique dans une nouvelle société.

Et le constat et l'ambition qui en découle ne sont pas nouveaux. Nous ne sommes pas les premier à le faire. La Nouvelle Société que nous constatons aujourd'hui n'est autre que "la Nouvelle France" de Jacques Chirac, point de départ de la campagne présidentielle. Le Président Chirac a commencé à engager, une fois élu, les réformes importantes d'adaptation de la France à cette nouvelle donne. Réforme de l'Etat, réforme profonde de l'Armée, réflexion pour une nouvelle justice plus proche des justiciables, volonté d'adaptation de l'économie au monde moderne, furent les premiers éléments peu médiatiques de ces réformes. Loin de se satisfaire de l'idée généralement répandue selon laquelle les deux premières années du septennat furent gâcher, nous disons qu'elles ont jeté les bases de cette nouvelle société. 

Une société que nous devons bâtir, consolider, et qui ne tiendra que si elle se fait pour et avec chacun de ses enfants. Les jeunes d'aujourd'hui, comme ceux des générations précédentes, ressentent l'ardente nécessité de construire la société dont ils seront des éléments actifs. C'est de cette jeunesse que doit naître la société, c'est pour elle que nous devons la construire, c'est avec elle que notre mouvement se rénove pour qu'à son tour notre pays puisse se rénover.



 

I. Constat d'une société nouvelle

A. La crise des repères traditionnels

1. La famille éclatée

Fruit de l'action politique appliquée au grès des phénomènes de mode des générations successive, la situation de la famille est aujourd'hui profondément modifié.

Les familles sont aujourd'hui éclatés physiquement et socialement. 

L'assouplissement des procédures de divorce conjugué à la libération de la femme ont affaibli l'institution du mariage et la famille au sens traditionnel. La famille devient monoparentale, et le modèle traditionnel de la femme au foyer consacrant sa vie à l'éducation de ses enfants est remplacé par la crèche, les centres de loisirs réduisant le contact avec les parents à l'"entretien" matériel de l'enfant et à quelques rares moments de loisirs. Les parents cèdent leur rôle d'éducation à l'Ecole et aux structures sociales d'accueil.

Le modèle familial vole aussi socialement en éclat avec la persistance du chômage surtout dans ses effets. Ainsi, le modèle du père qui travail dur pour apporter à sa petite famille de quoi vivre et qui donnait un certains nombre de valeurs de mérite et de respect est remplacé par le père au chômage, "zonant", galérant de stages de réinsertion en entretiens ratés brisant d'un coup toutes tentative de respect. Dans le pire des cas, le nouveau modèle familial est le grand frère dealer qui gagne plus en 1 jour que son père ouvrier en 1 mois.

2. La nouvelle donne de l'emploi

Conséquence de mécanismes sur lesquels ils n'ont pas de pouvoir, les politiques acceptent néanmoins d'endosser la responsabilité du chômage au point d'en faire le baromètre de leur action politique et de leur réussite. Rivés sur les chiffres du chômage qu'ils ne peuvent influer, ils attendent la sanction comme un ultime plaisir masochiste.

Mais au delà de cette constatation, la façon d'appréhender le travail a profondément été bouleversé ses dernières années.

Le chômage tout d'abord qui se développe au delà de la simple France à l'ensemble de l'Europe a dans nos sociétés des conséquences socialement désastreuses.

Le travail change. Près de XX% des emplois d'aujourd'hui n'existaient pas il y a 10 ans, ce qui laisse à penser que bon nombre des emplois de demain ne sont pas encore imaginés aujourd'hui. Conséquence directe, on ne rentre plus dans une entreprise pour la vie et la médaille du travail va devenir une récompense rare.

L'internationalisation de l'économie change la donne. L'Europe doit son développement à la révolution industrielle, or la production industrielle est désormais délocalisée. Pour que l'Europe vive, elle doit profondément se reconvertir et connaître de nouveaux Vilvorde.

Les jeunes enfin sont les premiers touchés par le chômage. Avant de rentrer dans le monde du travail, ils en sont déjà exclus ! Ils ont l'impression que les années d'études ne servent plus à rien et les diplômes ne garantissent plus rien. La jeunesse refuse de croire en l'avenir.

3. La Nation disparue

Jusqu'alors, la Nation voulait dire quelque chose. On pouvait mourir pour elle à 20 ans et trouver cela noble. Aujourd'hui la Nation ne signifie plus grand chose. A cela plusieurs causes :

  • Un cause historique : le XXème siècle est celui des guerres mondiales entamées au nom des Nations et des empires. Au nom des Nations, on a tué, persécuté, organisé des génocides, des déplacements de populations. Hitler a tué au nom de la Nation allemande. Le déficit de crédit de la Nation est tel que même la libération des pays de l'Est annexés par les communiste au nom de l'International et de la fin des Nations, n'a pas suffit à la réhabiliter.
  • Une cause politique :  conséquence directe de la cause historique, les développement des idées extrémistes nationalistes facteur de guerres (Afrique, Yougoslavie, ...) et de Haines (FN, …) dévalorise la Nation en en exaltant une vision négative et égoïste. 
  • Une cause technique :  la développement des moyens de communication a fait éclaté l'idée de frontière autrefois limites concrètes et universellement perceptibles de la Nation. La révolution des transports entamée au siècle précédent, s'est accélérée dans ce dernier demi-siècle avec la démocratisation de l'avion et des voitures et a fait explosé les frontières. De même en est-il aujourd'hui avec la révolution des télécommunications. Internet crée un véritable Etat Mondial Virtuel dans lequel les citoyens de tous les pays peuvent se réfugier, se jouant des frontières et des origines.
  • Une cause économique :  conséquence des 2 révolutions des communications, l'économie se mondialise. La consommation devient internationale, et la production souvent délocalisée rends caduc l'idée de préférence nationale. Tel fabricant de chaussure français fait produire à bas coup dans des pays en voie de développement.

Tout ces éléments participent à l'internationalisation de nos sociétés. La Nation n'est plus une valeur refuge pour les nouvelles générations. Ils se sentent citoyens du monde.

B. Les nouveaux repères

Les politiques sont souvent dépassés par des mutations sur lesquels ils n'ont pas toujours prise. La nature ayant horreur du vide, la disparition des valeurs et des repères traditionnels ouvre la voie à un nouvel ordre. De nouveaux repères sont nés, créés par la société, par les hommes qui se les sont bâtis. Et la Politique ayant brillé par son absence, elle a perdu aux yeux des citoyens son utilité entraînant une immense crise de confiance.

Et pourtant, il y a des choses à faire pour adapter la société à ses nouveaux repères. Et c'est à la politique de prendre le temps de réfléchir et de proposer les adaptations nécessaires à cette nouvelle société. Les exemples sont nombreux.

La fragilisation du mariage est-elle pleinement assumée par la société ? Aujourd'hui, les couples de concubins et avec eux les nouvelles familles nées de la volonté de deux individus de lier leur destins ne trouvent pas (ou ne peuvent pas légalement trouver) leur bonheur dans la législation actuelle. Ne faut-il pas repenser notre code civil en prenant acte de ce qui est et non en transposant des fantasmes moralistes ? Là la politique doit apporter une réponse.

Quand les parents se retournent vers l'École pour apprendre et éduquer leurs enfants, l'Éducation Nationale prend-elle en compte cette nouvelle demande et sait-elle s'y adapter et y répondre ? Là la politique doit apporter une réponse.

Quels sont les nouveaux modèles que la société offre aux jeunes en perte de repères ? Il est temps de réhabiliter le travail dans un sens noble et moderne et des héros modernes positifs pour donner le goût de l'initiative aux plus jeunes. Là la politique doit apporter une réponse.

A l'heure où le gouvernement s'enferme dans des mesures de replâtrage de l'économie pour s'agiter devant le chômage, ne serait-il pas temps enfin d'adapter les lois sociales françaises à la nouvelle donne économique ? La loi française reste rigide quand on demande de la flexibilité. La loi encourage l'emploi à très long terme quand l'offre d'emploi se fait à court terme. Il est temps d'inventer un nouveau cadre social qui puisse être à la fois gardien des dérives et moteur des libertés ? Là la politique doit apporter une réponse.

Quand sa vocation devrait être d'innover et d'encourager l'innovation, l'Europe investi pour tenter de sauvegarder des secteurs en perte de vitesse. A quand une vraie réflexion sur les nouveaux emplois, sur les emplois de demain ? Là la politique doit apporter une réponse.

Au lieu de subir les délocalisations en se lamentant sur notre sort, inventons les moyens de tirer humainement et économiquement profit d'une nouvelle donne qu'il nous faut obligatoirement subir. Là la politique doit apporter une réponse.

L'Education Nationale ne semble pas capable de préparer correctement aux mlétiers de demain. A quand cette grande réforme devenue urgente pour que l'éducation anticipe l'évolution du marché du travail et sache préparer aux nouveaux métiers. Ce n'est pas une simple question de déblocage de fonds sur 1 ou même 10 ans, c'est une véritable réforme en profondeur de l'organisation éducative. Là la politique doit apporter une réponse.

Il est temps de changer l'appréhension des questions de société en prenant en compte la nouvelle donne.


II.     Motion pour la Nouvelle Société

Pour combler le fossé qui s'est creusé entre les citoyens et la politique, il faut rénover la politique. Et qui mieux que le mouvement gaulliste peut être à la pointe de ce grand défi.

A. Repenser la Politique

On ne répond plus à l'insécurité en augmentant le nombre de policiers mais en offrant un avenir à la jeunesse. On ne résous plus le problème du chômage à coup de subventions, allocations et autres stages plus ou moins diplômants mais en s'attaquant à sa cause structurelle c'est à dire en modifiant la vision traditionnelle du travail. On ne rendra pas aux citoyens leur confiance en la justice du pays par des déclarations de principe et des mises en examen, mais en recentrant la justice sur la vie quotidienne des français, en la rendant moins obscure, moins intouchable, plus démocratique. On ne redonnera pas une vision positive de la Nation tant que l'Etat restera un dinosaure, immense machine à subventions et allocations d'un côté, et à impôts de l'autre, mais en le modernisant pour le rendre plus proche des citoyens comme le rendent aujourd'hui possible les nouvelles technologie.

La vision de la vie politique et des solutions qu'elle pense apporter doit se modifier pour s'adapter eu monde qui l'entoure. Ce n'est qu'à ce prix qu'elle pourra enfin apporter des réponses justes aux défis de la société. 

1. Rénover l'action politique

Il est temps de retrouver le sens de l'action politique. Ne plus proposer des solutions de circonstance mais des les inscrire dans une pensée cohérente, dans la durée. La politique retrouverait sa noblesse si elle acceptait enfin de réfléchir avant de décider. Dire que la politique doit penser et agir pour préparer l'avenir ne doit plus être une simple parole, un simple veux pieux, il faut le transformer en actes.

2. Casser les baronnies

Mais les plus gros freins à l'action politique sont les résistances, les conservatismes qui empêchent les réformes et les mutations. Baronnies politiques, obscurantisme social, œillères médiatiques, peurs ancestrales sont autant de barrières qu'il faut faire sauter pour faire avancer la société.

Et la première à faire exploser est la vision rigide de la politique enfermée dans le système de luttes pour des pouvoirs qui par ailleurs nous échappent peu à peu.

3. Faire vivre la démocratie

L'histoire a prouvé qu'il ne pouvait y avoir d'évolution qu'avec et pour l'Homme. Aujourd'hui, la meilleure assurance de la réussite des transformations de notre société est qu'elles soient reconnues, acceptées, expliquées autant souhaitées. La Politique ne doit avoir peur des Hommes, elle doit s'en nourrir. Se nourrir de leurs expériences, de leurs richesses, de leurs idées. L'action politique doit se nourrir de la démocratie et non simplement en attendre le verdict. Nous ne devons plus avoir peur d'aller demander, d'aller écouter les attentes pour les satisfaire, les craintes pour les écarter, les besoins pour les comprendre. 

Le formidable engagement des citoyens (et en particulier des jeunes) dans des associations sociales et humanitaires prouve qu'ils ne rejettent pas l'engagement. C'est aussi la leçon du succès inattendu des JMJ autour du Pape. Le développement des nouveaux gourous est aussi la manifestation pervertie de cette soif d'engagement et de recherche de repères.

Sachons travailler avec les associations, sachons nous ouvrir à la société civile pour en apprendre plus sur la vrai société. Nous devons casser la vision rigide selon laquelle la politique est la seule à pouvoir répondre aux attentes des gens.

4. Satisfaire l'initiative

Malgré ces grands mouvement d'engagement et la soif d'écoute de la population, les partis politiques ne font plus recette. C'est qu'ils n'apportent pas les bonnes réponses et souvent brident les initiatives. Il est temps que les dirigeants politiques quittent leur carrière pour penser enfin à l'avenir de l'ensemble du pays. Cela devrait se faire naturellement mais s'il faut passer par des nouvelles réglementations du cumul des mandats, nous ne devons pas avoir peur de le faire a condition de ne pas s'en satisfaire. 

Les partis politiques existent grâce à une réalité locale. Ils doivent écouter leur base en leur donnant les moyens de développer leurs propres initiatives. La cohérence politique ne signifie pas l'unicité d'action. Les réponses valables à un moment à un endroit ne le sont universellement et intemporellement. Les solutions ne sont pas dans les livres mais dans l'imagination et la capacité de création des Hommes. Il faut être à l'écoute de cette créativité et ne pas trop la personnaliser. Ce devrait être le rôle d'un parti politique. Ce doit être le rôle du parti gaulliste.

B.    Une nouvelle Politique

1. Réhabiliter l'idéologie

Le siècle qui s'achève fut celui de l'idéologie communiste. Elle a enthousiasmé, fait rêver, donné un espoir aux peuples opprimés, mais elle a surtout tué, déporté, détruit, contraint l'Homme à entrer dans une société rigide où la liberté individuelle n'a pas de place. En un siècle, l'idéologie communiste s'est développée, fut mise en pratique, et est morte dans certains pays qui ont su s'en sortir. Il a révélé la barbarie de cette idéologie, son inhumanité.

Mais le communisme a aussi tué la notion d'idéologie en lui donnant un visage déphasé de la réalité humaine. Et pourtant l'idéologie est par définition porteuse d'idéal. En la tuant, c'est l'espoir en l'avenir que l'on a un peu tué avec. Les Hommes n'ont plus d'idéal, il ne croient plus que la société puisse être meilleure. 

Réhabiliter l'idéologie, c'est montrer la cohérence de l'action politique, c'est dire vers quel avenir on souhaite engager la société, c'est redonner l'espoir aux Hommes.

Bien entendu il ne s'agit pas de se battre au simple nom de l'idéologie mais pour son but, vers sa réalisation. Il convient aussi de s'engager, d'inventer des idéologies nouvelles, tolérantes, humaines, basées sur le triptyque républicain, la liberté de chacun, l'égalité des droits, la fraternité des Hommes.

2. Le Gaullisme : Notre Idéal

Pour répondre à cette exigence d'idéal, nous avons notre réponse : le Gaullisme.

Les générations actuelles sont les premières à ne pas avoir du tout connu le Général de Gaulle. Nous devons profiter de cette situation pour repenser l'idéal gaulliste et le rénover en le dissociant du personnage historique qui en est à l'origine. 

Le gaullisme proposait une troisième voie entre le communisme et le capitalisme. Aujourd'hui, le socialisme a pris le pas sur le communisme sans en renier l'idéal, et le libéralisme est le nouveau visage du capitalisme. La troisième voie est donc plus que jamais d'actualité.

Le gaullisme est basé sur la liberté dont l'histoire du siècle a montré combien elle est nécessaire à l'adhésion des peuples.

Le gaullisme met en avant l'Homme. Le succès des organisations humanitaires prouve combien l'humanisme est actuel.

Le gaullisme repose sur la volonté du peuple et sa participation. Les gens aujourd'hui ont soif de cet engagement.

Le gaullisme est avant tout un idéal réaliste. La politique s'est écartée du pays réel. Nous avons besoin aujourd'hui qu'elle s'y consacre à nouveau et qu'elle en soit à l'écoute.


Aucun parti politique français n'a encore engagée cette mutation. Aujourd'hui, nous avons la chance de pouvoir faire du Parti Gaulliste le premier à entamer ce virage. C'est à ce prix que demain nous existerons. Si nous refusons la réforme en tombant dans un simple replâtrage, nous hypothéquons l'avenir de l'idéologie gaulliste au profit des frères ennemis socialistes et libéraux, laissant le champs d'une troisième voie à l'idéologie fasciste.